Kessel

Sauver la presse, mode d’emploi

TML Briefing, l'after work médias & pub par The Media Leader

Jeudi 15 octobre - #34

Chaque soir, avant de rentrer, ce que la rédaction retient vraiment de la journée : un édito à chaud, les infos à ne pas manquer, pourquoi ça compte et ce qu'il faut suivre dans les prochains jours, et une nouvelle tech pour la route.

Lettre à France. Qui veut sauver la Presse ? Visiblement, pas tout le monde. Certains candidats à la présidentielle ont dressé le constat : sans surprise, tout va mal, les contenus sont pillés et les plateformes, coupables toutes désignées. Les propositions fusent alors, mais rarement dans le bon sens. Car peu de personnes extérieures connaissent vraiment cet écosystème aussi complexe que fascinant, qui s’étend de la fabrication du papier jusqu’au programmatique. Non, la presse ne se résume pas à un journal imprimé ou à une application qui envoie des pushs. La Presse est un navire dont chaque passager est aussi le capitaine. Tous veulent emmener ce paquebot faire le tour du monde. Tous savent tenir bon au moindre coup de tabac. Tous construisent sans relâche de nouveaux canots de sauvetage pour garder la tête hors de l’eau. Tous mettent le cap sur des eaux où la désinformation et les environnements non brand safe n’auraient plus droit de cité. En se saisissant du sujet, beaucoup rêvent de faire la Une. Bien peu savent lire entre les lignes.

Bonne lecture,
Vincent Thobel
Rédacteur en chef adjoint


Les trois news à ne pas manquer aujourd'hui : ce qu'il s'est passé, pourquoi ça compte et ce qu'il faut suivre dans les prochains jours.

La Presse tranquille. Invités par l’Apig, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et des représentants de Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont présenté leurs propositions aux patrons de presse, au Pavillon Élysée.

Pourquoi c'est important ? Sur le diagnostic, tout le monde est d'accord : stopper le “pillage” des contenus par l'IA, taxer les plateformes à l'échelle européenne, reverser à la presse une part des amendes des géants du numérique et flécher une part de la pub vers les journaux. Sur le reste, ça se corse. Philippe Ballard, pour le RN, est le seul à vouloir rogner les aides directes, “il n'y a plus d'argent”, et à tout miser sur le numérique, au grand dam de la presse régionale, qui rappelle que le papier fait encore l'essentiel de ses revenus. Manuel Bompard, pour LFI, veut un droit de veto des journalistes en cas de changement de direction et des aides conditionnées à la gouvernance. Édouard Philippe, lui, rêve d'une exception culturelle de la presse, tout en admettant qu'elle suscite une défiance “à peine moindre” que celle des politiques. Pendant ce temps, les plans sociaux s'enchaînent, jusqu'à 400 postes visés chez Ebra, et la pub presse a reculé de 6% au premier semestre. Les États généraux de l'information avaient déjà listé ces pistes en 2023 et 2024, sans la moindre loi à la clé. On attend la suite.

À suivre : La place de ces propositions dans les programmes définitifs des candidats, et la réponse de l’Apig, qui a publié un manifeste de neuf propositions intitulé “Le droit d’être informé”.


Arthur Mensch pas ses mots. Dans une tribune publiée par Le Monde, Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral AI, défend l’idée que l’Europe doit continuer à produire ses propres modèles d’IA de pointe, plutôt que de les laisser aux Américains et aux Chinois.

Pourquoi c'est important ? L'Europe a déjà fait le coup d'Internet : elle a développé les usages, laissé les plateformes aux autres, et ses entreprises versent désormais plus de 260 milliards d'euros par an aux géants américains du cloud et des logiciels. Pour Arthur Mensch, refaire la même chose avec l'IA, comme le suggèrent ceux qui jugent un modèle de pointe trop cher à produire, serait une erreur. Un modèle fermé a un propriétaire, qui fixe le prix, restreint les usages ou retire une version, la suspension de l'accès aux modèles d'Anthropic en juin en est la preuve, décidée sans l'Europe. Les modèles ouverts ne suffisent pas non plus : sans y contribuer, impossible de choisir ce qui sort, quand, et sous quelle licence. Sécurité, recherche, souveraineté, tout y passe. Reste que le patron de Mistral plaide aussi pour sa paroisse, lui dont la plateforme héberge désormais des modèles chinois et dont l'entreprise s'est beaucoup tournée vers le déploiement et le calcul : la tribune rappelle surtout qu'il n'a pas l'intention de quitter la course aux modèles de pointe.

À suivre : La capacité de Mistral à rassembler les capitaux nécessaires à cette accélération, Arthur Mensch assurant qu’elle y parviendra, et la montée en puissance de ses capacités de calcul sur l’année à venir.


Next episode. Netflix va supprimer environ 1 000 emplois, soit 6% de ses effectifs, sa plus importante vague de licenciements depuis 2022, selon le Wall Street Journal.

Pourquoi c'est important ? Netflix garde ses abonnés, mais ne les regarde plus : le taux de départ reste le plus bas du secteur, à 2% aux États-Unis, sauf que le temps de visionnage par abonné recule et que la croissance du chiffre d'affaires s'essouffle, à 13,4% contre 16,2% au trimestre précédent. Pour relancer la machine, la plateforme a tout tenté : offres groupées, concert de BTS, catch de la WWE, six heures de GTA VI en exclusivité, et maintenant le Mondial 2030 en Espagne. Résultat : l'action a perdu 40% en un an, et 1 000 postes passent à la trappe, avec la promesse de continuer à investir massivement, mais en faisant des “choix ciblés à tous les niveaux de l'entreprise”. Ross Benes, d'Emarketer, y voit la preuve que le streaming n'échappe plus à la stagnation, Disney taillant aussi dans ses effectifs depuis plusieurs mois.

À suivre : La publication des résultats trimestriels de Netflix, attendue d’ici une semaine, qui dira si le groupe reste bien sur la trajectoire de bénéfices annoncée par ses dirigeants.


Tic, tac, tech…

Code de la route. Après la lettre d'amour des patrons de l'IA à l'autorégulation, la lettre de rappel à l'ordre des chercheurs. Ils sont 225, dont Yoshua Bengio, Geoffrey Hinton et Stuart Russell, à réclamer des “changements immédiats” après la série d'évasions d'IA d'OpenAI, d'Anthropic et de Meta, dont le piratage de Hugging Face par deux agents d'OpenAI. Leur verdict est sévère : un “manquement irresponsable” aux pratiques standard de cybersécurité, qu' “des procédures plus robustes” auraient évité. Ils recommandent, à court terme, un confinement digne de ce nom, jusqu'à l' “air gap”, la déconnexion pure et simple d'Internet, pour les modèles dotés de capacités cyber, et un organisme international chargé de fixer les normes et de rendre publics les incidents. Sans quoi, préviennent-ils, “les futurs incidents seront bien plus dommageables”. À Washington, le code de bonne conduite non contraignant signé en septembre tient lieu de régulation.

Claude, dessine-moi un graph’ : sur l’impact des publicités selon le format vidéo.

Selon le rapport Global Insights 2026 de DoubleVerify, mené auprès de 22 000 consommateurs et de 2 020 professionnels du marketing, 38% des consommateurs déclarent que les publicités en vidéo courte (Reels, TikToks, Shorts) peuvent les inciter à cliquer ou à acheter. Plus de détails demain dans Première Édition.

La revue pressée

OpenAI poursuivi en justice par huit États américains qui l'accusent de nuire aux enfants - Les Échos


Bulle de l'IA : le plus grand danger n'est pas qu'elle éclate, mais que les investisseurs refusent de la voir - Le JDN


Netflix tient son premier Upfront en France et promet une publicité de plus en plus efficace - The Media Leader


Main media budget increases rise to highest level in nine years, Bellwether finds - The Media Leader UK

10 novembre : Azerion et Westfield Rise organisent un Azerion Morning consacré au parcours shopper, du lieu de vente au média. Écrans en galerie, contenus diffusés en boutique, données de fréquentation ou assistants IA : le point de vente est devenu un espace média à part entière. Marques, retailers, agences et experts de la mesure se retrouveront pour débattre d’une question : comment faire de chaque étape du parcours shopper un levier business mesurable ? Au programme, keynotes et tables rondes nourries de retours d’expérience, de 9h à 12h chez Westfield Rise (Paris 16e). Plus d’infos.


Jusqu’au 30 octobre : votez pour le Hall of Fame des 20 ans de The Media Leader. Pour marquer ses 20 ans, The Media Leader, fondé sous le nom d’OffreMedia, lance un Hall of Fame. Les lecteurs sont invités à voter parmi plus d’une centaine de personnalités du marché français. Les vingt personnalités distinguées seront célébrées le 17 novembre lors de The Future of Media Paris, au Pathé Palace. Votez ici.


💡 Rendez-vous demain dès 00h10 dans Première édition.


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